La Fédération tunisienne de natation a confirmé, mercredi 25 février, la naturalisation du jeune nageur Rami Rahmouni au profit de l’Arabie saoudite. Âgé de 17 ans, l’athlète représentera désormais son nouveau pays lors des prochaines compétitions internationales. Une décision qui suscite de vives réactions au sein des instances sportives tunisiennes.

L’annonce a été faite par la présidente de la Fédération tunisienne de natation, Hedia Mansour, également orthographiée Hadia Mansour, dans une déclaration à la presse et à l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP). La naturalisation a été actée en vue des échéances mondiales à venir.

Selon la Fédération, Rami Rahmouni avait rompu tout contact depuis près de deux ans avec les instances nationales, notamment la Fédération tunisienne de natation, le Comité national olympique tunisien ainsi que son club formateur, l’Espérance sportive de Tunis. La présidente a indiqué que des « intermédiaires tunisiens », dont l’identité n’a pas été révélée, seraient intervenus dans ce changement de nationalité sportive.

Elle a décrit cette décision comme une « onde de choc » en interne, estimant que la situation du nageur était stable, tant sur le plan social que sportif. D’après ses déclarations, l’autorité de tutelle lui avait accordé un contrat d’objectifs d’un montant de 165 000 dinars, distinct des primes octroyées par le Comité national olympique tunisien. À 17 ans, il figurait parmi les athlètes les mieux soutenus de sa génération. La Fédération affirme lui avoir assuré des stages à l’étranger ainsi que des participations à des compétitions internationales. Hedia Mansour estime que le nageur aurait cédé à des incitations financières.

La présidente considère cette naturalisation comme un « signal d’alarme » pour le sport tunisien, en particulier pour l’élite, à l’approche des Championnats du monde et des Jeux olympiques. Elle met en garde contre la progression du phénomène de naturalisation des sportifs de haut niveau et le risque d’accentuation de la fuite des jeunes talents.

Elle appelle à une mobilisation concertée afin de renforcer la protection des athlètes d’élite et de consolider leur sentiment d’appartenance nationale. Les champions, rappelle-t-elle, constituent le capital humain du sport national. Elle plaide pour une augmentation des budgets, la mise en place de contrats de sponsoring et l’amélioration de l’environnement structurel des sportifs.

À titre d’exemple, elle cite Oussama Mellouli, champion du monde et olympique, qui avait décliné des offres de naturalisation et poursuivi sa carrière sous les couleurs tunisiennes, remportant plusieurs distinctions internationales.

Hedia Mansour a également évoqué les lourdeurs administratives liées au transfert de crédits vers les sportifs résidant à l’étranger. Elle a mentionné le cas d’une prime d’encouragement destinée à un jeune nageur expatrié, restée bloquée en raison de contraintes juridiques, ce qui aurait affecté ses conditions d’entraînement et de logement.

Un palmarès continental solide

Rami Rahmouni s’est illustré aux Championnats d’Afrique juniors en remportant quatre médailles d’or sur les distances du 200 m, 400 m, 800 m et 1500 m nage libre. Il totalise plusieurs titres continentaux dans sa catégorie.

Le 25 février, deux autres articles ont été consacrés à cette naturalisation : « Natation : Le nageur Rami Rahmouni naturalisé par l’Arabie saoudite », publié à 19h36, et « Espoir de la natation tunisienne, Rami Rahmouni naturalisé saoudien », signé par Wided Belhaj et mis en ligne à 18h57. Un article connexe intitulé « Mondiaux de natation : Jaouadi, Ben Milad et Rahmouni, espoirs de la Tunisie » a également été mentionné.

À ce stade, la Fédération tunisienne de natation n’a pas précisé si des démarches seraient engagées à la suite de cette décision.


Naturalisation sportive : des règles assouplies et des transferts facilités

Le départ du jeune nageur intervient dans un contexte marqué par l’assouplissement des règles encadrant les changements de nationalité sportive au niveau international. Les dispositions de World Aquatics ont notamment réduit à un an la période d’attente nécessaire pour qu’un athlète puisse représenter un nouveau pays après un changement d’allégeance.

Ces nouvelles règles facilitent les transferts, y compris pour des sportifs encore mineurs, et interviennent à un moment clé de leur formation. Pour les fédérations nationales, cette évolution soulève des interrogations quant à la capacité de retenir les jeunes talents formés localement.

La Fédération tunisienne de natation pointe, de son côté, les complications administratives et le rôle d’intermédiaires dans ce dossier. Elle estime que l’ensemble de ces facteurs contribue à fragiliser le parcours des jeunes athlètes et appelle à une réflexion plus large sur les moyens de consolider l’encadrement et le soutien apportés à l’élite sportive.

La naturalisation de Rami Rahmouni s’inscrit ainsi dans un débat plus large sur la mobilité des sportifs et la concurrence accrue entre nations pour attirer ou conserver les talents émergents.

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