Présenté en compétition officielle à la Berlinale, « Rose », réalisé par Markus Schleinzer, s’inscrit dans la tradition du festival allemand de mettre en lumière les œuvres et cinéastes queer. Le film prend la forme d’un récit historique situé au XVIIe siècle, tout en revendiquant une dimension de manifeste.
La Berlinale accorde depuis longtemps une place importante aux thématiques LGBTQ+, notamment à travers les Teddy Awards, prix dédiés au cinéma queer, qui célèbrent cette année leur 40e anniversaire. C’est dans ce contexte que « Rose » a été dévoilé.
Sandra Hüller y incarne une femme ayant combattu durant la guerre de Trente Ans et qui cherche, une fois le conflit terminé, à s’établir dans une ferme isolée au sein d’une petite communauté rurale pour mener une existence paisible. Pour échapper aux contraintes du patriarcat, son personnage adopte une identité masculine. Elle se fait progressivement accepter par les habitants grâce à sa force de travail et à son engagement au sein de la communauté.
L’actrice explique que Rose « utilise ce travestissement comme un déguisement pour vivre en sécurité et avoir sa propre vie ». Connue pour ses rôles dans « Anatomie d’une chute » et « La zone d’intérêt », Sandra Hüller estime que le sujet du film trouve un écho particulier dans le contexte contemporain. Elle considère que des personnes ayant progressé vers davantage de liberté et d’intégration se retrouvent aujourd’hui de nouveau menacées, une réflexion qui, selon elle, a accompagné la réalisation du film.
Markus Schleinzer indique être lui-même une personne queer et précise que l’identité et l’histoire queer traversent l’ensemble de son travail. Avec « Rose », il dresse un portrait sombre du traitement réservé au XVIIe siècle aux personnes transgressant les normes sociales et de genre.
Le tournage s’est déroulé alors que Donald Trump était élu pour un second mandat à la présidence des États-Unis. Le réalisateur affirme que ce contexte donnait le sentiment que la situation pouvait redevenir « plus laide » dans la sphère occidentale. S’il dit apprécier les films au ton optimiste, il reconnaît qu’ils le laissent « un peu de marbre ». Lorsqu’une œuvre le touche profondément, ajoute-t-il, il ressent le besoin de « passer à l’action ».
Selon lui, le film doit inviter à réfléchir à l’influence de l’identité de genre dans la vie quotidienne, évoquant notamment le fait que les salaires des femmes demeurent en moyenne inférieurs à ceux des hommes.
