Modeste par son gabarit mais déterminant par ses effets, le Transluberonais a profondément transformé la vallée d’Apt à la fin du XIXᵉ siècle. Cette ligne ferroviaire du Luberon a contribué au désenclavement d’un territoire jusque-là isolé, favorisant son développement économique et son intégration au reste du pays. Bien que disparue, elle continue de marquer le paysage et la mémoire locale.

Une ligne ferroviaire née dans un contexte difficile

Dans les années 1870, la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM) accepte d’étendre son réseau vers Apt. Le projet se heurte à des contraintes importantes, notamment des terrains escarpés qui compliquent les travaux. La gare d’Apt est implantée en périphérie de la ville, choix dicté par la configuration du site. En février 1877, l’arrivée du premier train à Apt modifie le quotidien des habitants et rompt l’isolement de la vallée.

Un soutien essentiel à l’économie locale

À cette époque, le Luberon vit au rythme de ses industries. L’ocre, les fruits confits et d’autres productions locales constituent l’essentiel des échanges. Grâce au chemin de fer, les marchandises sont expédiées vers Marseille, puis vers d’autres marchés européens. Les volumes transportés augmentent rapidement. En 1914, près de 7 500 tonnes de marchandises transitent chaque mois par la ligne, dont une part importante d’ocre, ressource emblématique du territoire.

L’extension de la ligne et le désenclavement du Luberon

En 1890, la ligne franchit le massif du Luberon et rejoint la vallée de la Durance. Pour la première fois, le territoire est traversé d’un bout à l’autre par une infrastructure ferroviaire continue. Cette extension renforce les échanges, facilite les déplacements et inscrit durablement la vallée d’Apt dans les grands axes de circulation régionaux.

Définition et statut du Transluberonais

Le Transluberonais désigne la ligne de chemin de fer reliant Cavaillon à Saint-Maime – Dauphin, en passant par Apt. Déclarée d’utilité publique le 13 janvier 1881, elle permet de connecter la vallée du Luberon au réseau ferroviaire national. Son rôle dépasse le simple transport local, en assurant une continuité entre plusieurs bassins économiques.

Un tracé structurant et des infrastructures durables

Concédée à une compagnie ferroviaire, la ligne relie initialement Cavaillon, où elle se raccorde à une ligne principale, à Volx, avec une extension vers Forcalquier. Son itinéraire traverse notamment Robion, Maubec, Goult-Lumières, Coustellet, Apt, Saignon, Saint-Martin-de-Castillon, Caseneuve, Viens et Mane. Aujourd’hui encore, des vestiges témoignent de cette époque ferroviaire : bâtiments de gares, maisons de garde-barrières et ouvrages d’art, dont le viaduc des Latins près de Forcalquier.

Une exploitation progressive puis un déclin

La ligne assure à la fois le transport de voyageurs et de marchandises. Le trafic voyageurs est supprimé en janvier 1934, tandis que le transport de fret se maintient sur certains tronçons jusqu’en juillet 1956. Dans les années 1990, le Transluberonais est définitivement fermé et déferré sur la majeure partie de son parcours, marquant la fin de son usage ferroviaire.

Une reconversion tournée vers de nouveaux usages

Si les trains ont disparu, le tracé n’a pas été totalement abandonné. Une partie de l’ancienne voie est transformée en piste cyclable, offrant un nouvel usage touristique et de loisirs. L’ancienne gare de Coustellet a, quant à elle, été reconvertie en lieu culturel, illustrant la capacité du territoire à réinvestir cet héritage ferroviaire.

Disparu du paysage ferroviaire, le Transluberonais demeure un élément structurant de l’histoire de la vallée d’Apt. Par son rôle économique et son impact sur l’ouverture du Luberon, il continue d’occuper une place particulière dans la mémoire collective et l’aménagement du territoire.

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