Le thriller Send Help, réalisé par Sam Raimi, domine le box-office américain pour le deuxième week-end consécutif. Produit pour 40 millions de dollars, hors distribution et promotion, le film marque un retour assumé au style gore et sans filtre du cinéaste, après son passage dans l’univers Marvel avec Doctor Strange in the Multiverse of Madness.
Avec ce nouveau long-métrage, le réalisateur retrouve une veine plus délurée, rappelant Drag Me to Hell et la saga Evil Dead. L’intrigue suit Linda Liddle, interprétée par Rachel McAdams, conseillère en stratégie dans une grande entreprise californienne. Harcelée et régulièrement brimée malgré ses compétences, elle survit à un crash d’avion alors qu’elle se rend à Bangkok avec son jeune patron Bradley, joué par Dylan O’Brien.
Sur l’île déserte où ils échouent, le rapport de pouvoir s’inverse. Linda, adepte de survivalisme et ancienne candidate de l’émission Survivor, devient indispensable à la survie de son supérieur hiérarchique. Fan du programme diffusé deux fois par an depuis 2001 sur CBS, elle met en pratique des compétences acquises en matière de collecte d’eau, de chasse, de pêche et de construction d’abri.
Pour préparer son rôle, Rachel McAdams a été formée par l’experte en survie et cascadeuse Ky Furneaux. L’actrice a appris à allumer trois types de feu, fabriquer et assouplir des cordages, ainsi qu’à maîtriser différentes techniques de subsistance. Les scènes de bureau, du domicile et de l’avion ont été tournées en studio en Australie, tandis que les séquences en milieu naturel ont été filmées sur l’île de Koh Hong, en Thaïlande, choisie pour ses falaises, ses bambous, ses marées modérées et la clarté de ses eaux. La chaleur et les conditions réelles ont contribué à l’immersion des acteurs.
Le succès du film s’inscrit dans la popularité persistante de Survivor, dont la saison 49 a rassemblé 4,77 millions de téléspectateurs. L’émission demeure la deuxième la plus regardée hors sport chez les 18-49 ans, une cible également visée par le long-métrage. En France, l’équivalent du programme est Koh-Lanta. La fascination pour l’isolement sur une île comme révélateur de la nature humaine s’inscrit dans une tradition ancienne, de Cast Away de Robert Zemeckis avec Tom Hanks, à Robinson Crusoe de Daniel Defoe, jusqu’à L’Odyssée. Le succès conjugué de Cast Away et de Survivor a également contribué à l’émergence du phénomène Lost.
Le scénario a été peaufiné par la productrice Zainab Azizi, PDG de Raimi Productions, avec les coscénaristes Damian Shannon et Mark Swift. Il accentue l’identification à Linda en tant que salariée exploitée. Selon Azizi, chacun a déjà vécu une situation où son travail n’a pas été reconnu et où il a souhaité obtenir réparation. Le film est ainsi perçu comme une expérience cathartique pour ceux ayant subi un patron toxique ou des déséquilibres de pouvoir.
Send Help s’inscrit dans une vague croissante de thrillers explorant le traumatisme lié au travail. Le thème de l’aliénation professionnelle traverse l’histoire du cinéma, de Les Temps modernes à The Apartment, en passant par Comment se débarrasser de son patron, Working Girl, Le Diable s’habille en Prada, Glengarry Glen Ross, Swimming with Sharks et Le Couperet. Depuis la crise du Covid, le sujet connaît un regain d’intérêt avec des séries comme Severance, Industry, Beef, Succession, The Studio, ainsi que les films Sans Filtre, The Substance et Aucun autre choix.
Une étude publiée par MIT Sloan Management Review indique que 24 millions d’Américains ont quitté leur emploi sur une période donnée en raison d’un management jugé toxique. Cinq facteurs sont identifiés : manque de respect, non-inclusivité, comportement non éthique, compétition excessive et management abusif. Le lieu de travail apparaît ainsi comme une source majeure de souffrance et d’humiliation, davantage que les seuls motifs salariaux.
Distribué en France dans environ 220 salles, Send Help doit son succès à la combinaison d’une satire sociale, d’un thriller gore et d’une thématique du management toxique qui trouve un écho auprès d’un public large.
