Le batteur jamaïcain Lowell « Sly » Dunbar est décédé à Kingston à l’âge de 73 ans. Sa famille a confirmé l’information, sans communiquer sur les circonstances de sa disparition. Avec sa mort, c’est l’une des figures les plus influentes et pourtant les plus discrètes de la musique populaire du XXᵉ siècle qui disparaît.
Moitié du duo légendaire Sly & Robbie, qu’il formait avec le bassiste Robbie Shakespeare, Sly Dunbar a participé à plus de 3 000 albums au cours de sa carrière. Ensemble, les deux musiciens ont profondément façonné le son du reggae moderne, tout en posant les bases esthétiques et techniques du dub puis du dance hall, à une époque où les musiciens de studio jouaient un rôle central dans la création musicale.
Le surnom « Sly », choisi en référence au musicien américain Sly Stone, résumait bien l’approche de Dunbar : inventive, audacieuse et ouverte aux influences extérieures. Batteur à la fois précis et puissant, il s’est imposé comme l’un des artisans essentiels de l’âge d’or du reggae, collaborant avec la quasi-totalité de ses grandes figures, parmi lesquelles Peter Tosh, Dennis Brown ou encore Black Uhuru.
Très sollicité comme musicien de studio, Sly Dunbar a également dépassé largement le cadre jamaïcain. Son jeu et son sens du rythme ont marqué des enregistrements d’artistes internationaux tels que The Rolling Stones, Bob Dylan, Grace Jones, Serge Gainsbourg, Madonna ou Manu Dibango. Cette polyvalence exceptionnelle a contribué à faire de lui l’un des musiciens les plus enregistrés de l’histoire de la musique populaire.
Pionnier dans l’usage des instruments électroniques, il a su intégrer boîtes à rythmes et machines en studio sans jamais sacrifier la chaleur ni la profondeur du groove. Figure centrale mais volontairement en retrait, Sly Dunbar a participé à la création de nombreux tubes internationaux tout en accompagnant la transition vers une production de plus en plus technologique.
Sa disparition marque symboliquement la fin d’une époque où les musiciens de studio occupaient une place déterminante dans l’élaboration des sons, avant que les producteurs et les machines ne prennent le dessus. L’empreinte de Sly Dunbar demeure cependant omniprésente dans le reggae, la pop et bien au-delà, inscrite dans des milliers d’enregistrements devenus des références.
