Adapté fidèlement du roman autobiographique de Christine Angot, Un amour impossible est réalisé avec retenue par Catherine Corsini, qui choisit de s’en tenir à une restitution sobre et précise de cette histoire personnelle marquée par les rapports de domination et le silence. Le film ne s’autorise qu’un seul écart par rapport au livre, en modifiant les prénoms des personnages : Christine devient Chantal, son père Pierre est renommé Philippe, tandis que la mère conserve le prénom de Rachel.
L’action se situe à Châteauroux, à la fin des années 1950. Un traducteur issu de la grande bourgeoisie parisienne, interprété par Niels Schneider, s’éprend d’une dactylo travaillant à la Sécurité sociale, incarnée par Virginie Efira. Leur relation se construit dans un refus assumé de tenir compte des barrières sociales, culturelles et morales qui les séparent, comme si cet écart pouvait être ignoré.
De cette liaison naît une fille, future Christine Angot. L’enfant est élevée par sa mère, tandis que le père refuse de la reconnaître, partagé entre accès de colère et lâcheté. Après avoir fondé une famille conforme à son milieu social, il accepte quatorze ans plus tard de reconnaître sa fille, alors adolescente, avec l’intention de pouvoir abuser d’elle.
Virginie Efira compose une figure maternelle aimante mais aveugle, incapable de mesurer le drame qui se joue. Son interprétation se distingue par un jeu tout en retenue, sans jamais donner à voir la haine qu’elle éprouve envers cet homme infidèle devenu criminel. Face à elle, Niels Schneider incarne un personnage de pervers narcissique, impénétrable et inquiétant, dont la froideur accentue le malaise.
La mise en scène privilégie la discrétion et la pudeur, notamment dans le traitement des scènes de viol, filmées sans insistance ni effet spectaculaire. Si cette approche contribue à la force du récit, la durée du film est parfois perçue comme excessive. L’épilogue, montrant Christine Angot en train d’écrire le récit de l’inceste déjà exposé, est jugé redondant et assimilé à une explication de texte inutile, en contraste avec la justesse de l’ensemble à faire ressentir la violence de cet amour impossible.
