À Mazan, dans le Vaucluse, un ensemble rare de sarcophages témoigne des premiers siècles du christianisme en milieu rural. Situé à l’écart du village, le site est étroitement lié à la chapelle romane de Pareloup et à un cimetière dont l’usage funéraire s’est maintenu sur une très longue durée. Bien que considéré comme l’un des ensembles funéraires les plus remarquables du département, il demeure encore largement méconnu des habitants de la région.
Sous les cyprès, soixante-quatre sarcophages sont aujourd’hui visibles, alignés sur le site. Au milieu du XIXe siècle, leur nombre était bien plus élevé : environ cent quarante-quatre éléments avaient alors été recensés. Taillés dans la pierre locale, ces sarcophages se distinguent par leur forme massive et par leurs couvercles en double pente, caractéristiques que l’on retrouve dans certaines grandes nécropoles antiques.
Les recherches situent leur datation aux Ve et VIe siècles, une période correspondant aux débuts du christianisme rural dans la région. Plusieurs symboles gravés subsistent encore sur la pierre, notamment une croix, une hache, un soc de charrue et une couronne, dont l’interprétation reste partiellement ouverte. L’origine précise de cet alignement demeure inconnue. Une hypothèse évoque une découverte près du chemin Mercadier, ancienne voie romaine reliant Carpentras à Mormoiron, mais cette piste n’a jamais été confirmée. La mise au jour d’une urne gallo-romaine sur le site suggère toutefois que le lieu possédait une vocation sacrée antérieure à l’installation des sarcophages.
À quelques mètres de l’alignement se dresse la chapelle romane Notre-Dame de Pareloup. L’édifice aurait été construit au XIIe siècle. Jusqu’en 1324, il a occupé une place centrale dans la vie religieuse de Mazan, accueillant cérémonies et rites liés aux grandes étapes de la vie quotidienne. La chapelle présente les caractéristiques du style roman provençal, avec une nef unique, une voûte en plein cintre et une abside semi-circulaire. Une statue de la Vierge, représentée posant la main sur un loup, rappelle la présence ancienne de prédateurs dans cet espace funéraire. Dans les traditions locales, Notre-Dame de Pareloup était considérée comme la protectrice des sépultures environnantes.
Le site se distingue également par la continuité de son usage funéraire. Un tableau du XVIIe siècle, aujourd’hui conservé au musée de Mazan, montre déjà les sarcophages alignés sous les cyprès, attestant de leur présence et de leur visibilité à cette époque. En 1858, lors de la construction du mur actuel du cimetière, plusieurs sarcophages ont été intégrés au sommet de l’enceinte à des fins décoratives.
Cette préservation sur la longue durée reste rare en Provence. Elle place le site de Mazan parmi les ensembles funéraires anciens les mieux conservés de la région, souvent comparé, pour son intérêt patrimonial, aux sarcophages d’Arles ou à la nécropole de Ménerbes. Malgré cela, son histoire demeure encore en grande partie à documenter, laissant subsister de nombreuses zones d’ombre autour de ce patrimoine discret.
