Face au bassin des chalutiers, dans l’ancienne halle portuaire devenue espace culturel, La Rochelle a renoué le temps d’une journée avec l’un des rituels les plus emblématiques de son identité maritime. Dimanche 15 mars 2026, la deuxième édition de La Criée de l’Encan a redonné vie aux gestes, aux voix et aux saveurs d’un passé portuaire profondément ancré dans la mémoire locale. Entre reconstitution de la vente aux enchères, dégustations et banquet populaire, l’événement a attiré un public nombreux venu redécouvrir les traditions maritimes qui ont façonné la ville.

Sur le quai Louis-Prunier, l’Espace Encan a retrouvé, le temps de quelques heures, l’effervescence qui animait autrefois ce lieu central de l’activité portuaire rochelaise. Organisée par La Rochelle Tourisme & Événements, la manifestation proposait au public une immersion dans l’univers de la pêche et du commerce maritime. Dès la fin de la matinée, les visiteurs ont afflué pour parcourir les différents espaces installés dans l’ancienne halle. Ateliers, démonstrations, expositions et stands de produits de la mer composaient un parcours où se mêlaient transmission du patrimoine et plaisirs gastronomiques. L’entrée gratuite, ouverte de 11 heures à 16 heures, a permis à un large public de découvrir ou redécouvrir l’histoire portuaire de la cité atlantique. Dans ce décor chargé de mémoire, les visiteurs pouvaient imaginer l’intense activité qui régnait autrefois sur ces quais, lorsque les bateaux rentraient au port chargés de leurs prises. Pendant des décennies, l’Encan fut le cœur battant de la pêche rochelaise : chaque semaine, jusqu’à 700 tonnes de poissons y étaient débarquées, triées puis vendues aux enchères dans une atmosphère animée où se croisaient marins, mareyeurs et commerçants. La manifestation s’inscrivait précisément dans cette volonté de faire revivre cette mémoire collective, en reconstituant les gestes et les pratiques qui ont longtemps rythmé la vie économique du port.

Moment central de la journée, la vente à la criée a permis de recréer l’ambiance singulière de ces enchères maritimes qui faisaient autrefois vibrer les halles du port. Les poissons, fournis par le Port de Pêche, étaient d’abord triés selon leur espèce avant d’être présentés aux acheteurs dans l’espace Encan. Les visiteurs ont ainsi pu assister à une mise en scène inspirée du fonctionnement historique de la criée : l’appel du crieur, la montée progressive des enchères, les regards attentifs des acheteurs et la tension propre à ce commerce rapide et direct. Plus qu’une simple animation, cette reconstitution offrait un aperçu vivant d’un système de vente qui a longtemps structuré l’économie de la pêche. Elle rappelait également le rôle majeur qu’a joué le port de La Rochelle dans l’approvisionnement en produits de la mer, bien au-delà des frontières régionales. Dans la halle, les conversations se mêlaient aux odeurs iodées des poissons fraîchement débarqués, tandis que les visiteurs circulaient entre les étals et les démonstrations. Cette atmosphère à la fois pédagogique et festive participait à faire comprendre comment la criée constituait autrefois un véritable théâtre économique, où chaque lot de poissons trouvait preneur en quelques instants. Pour beaucoup de Rochelais présents, ce moment avait aussi une dimension nostalgique, ravivant le souvenir d’une activité portuaire intense aujourd’hui en partie transformée par l’évolution des pratiques et des infrastructures.

Au cœur de cette journée dédiée à la mer, la gastronomie occupait naturellement une place centrale. L’événement proposait un grand banquet populaire qui a réuni près de 600 convives autour de longues tablées dressées dans l’Espace Encan. Accessible sur réservation pour un tarif unique de quinze euros, le repas mettait à l’honneur un menu entièrement composé de produits locaux. Les convives ont ainsi dégusté une chaudrée charentaise, spécialité emblématique du littoral atlantique, préparée à partir de poissons frais fournis par le Port de Pêche. Cette soupe généreuse, longtemps cuisinée par les marins et les familles de pêcheurs, symbolise à elle seule la tradition culinaire maritime de la région. Servie dans une ambiance conviviale, elle s’accompagnait de desserts inspirés des recettes d’autrefois, rappelant les saveurs simples et authentiques de la cuisine portuaire. La préparation du repas avait été confiée aux élèves du lycée hôtelier et du lycée maritime et aquacole de La Rochelle, dont la participation illustrait l’importance de la transmission entre générations. Sous la supervision de leurs enseignants, les étudiants ont travaillé les produits de la mer avec précision et créativité, démontrant le savoir-faire culinaire qui fait la réputation des formations rochelaises. Leur implication donnait à l’événement une dimension pédagogique, mettant en valeur les métiers de la mer et de la restauration tout en soulignant la vitalité des filières locales.

Cette deuxième édition marquait également le retour d’un rendez-vous attendu. L’événement avait en effet été interrompu pendant deux années consécutives en raison de l’interdiction temporaire de pêche dans le golfe de Gascogne, mesure qui avait profondément affecté l’activité maritime régionale. La reprise de La Criée de l’Encan revêtait donc une signification particulière pour les acteurs du territoire, comme pour les habitants attachés à leur patrimoine portuaire. Après le succès de la première édition organisée en 2023, cette nouvelle journée a confirmé l’intérêt du public pour ce type de manifestation mêlant histoire, gastronomie et culture maritime. Tout au long de l’après-midi, l’Espace Encan est resté animé par les échanges, les dégustations et les démonstrations, dans une ambiance chaleureuse qui reflétait l’esprit des fêtes portuaires d’autrefois. Les familles, les curieux et les passionnés de patrimoine maritime se sont retrouvés autour de cette célébration de la mer, rappelant combien l’identité rochelaise demeure intimement liée à son port et à ses traditions. En redonnant vie à la criée le temps d’une journée, La Rochelle a ainsi offert bien plus qu’un simple événement festif : une plongée sensible dans la mémoire collective d’une ville tournée depuis toujours vers l’océan.

Les métiers de la mer

Sur les quais encore baignés par la lumière du matin, les silhouettes des bateaux de pêche se dessinent lentement dans le port. L’odeur salée de l’océan se mêle au bruit des cordages et aux cris des mouettes, tandis que les marins s’affairent déjà autour de leurs embarcations. Derrière cette scène familière des villes littorales se cache tout un univers de professions souvent méconnues. Les métiers de la mer forment une chaîne complexe où chaque geste compte, depuis la capture du poisson jusqu’à son arrivée sur les étals des marchés. Pêcheurs, mareyeurs, crieurs, mécaniciens navals, ostréiculteurs ou encore cuisiniers spécialisés dans les produits marins participent tous à un secteur essentiel, à la fois économique, culturel et patrimonial. Ces métiers, parfois exigeants et marqués par des conditions de travail difficiles, continuent pourtant d’attirer des passionnés pour qui la mer demeure bien plus qu’un simple lieu de travail. Au cœur de cet univers se trouvent bien sûr les pêcheurs, figures emblématiques du monde maritime. Leur quotidien commence souvent avant l’aube et se poursuit parfois jusqu’à la nuit tombée. À bord des chalutiers ou des petits bateaux côtiers, ils affrontent les caprices de l’océan pour rapporter poissons, crustacés ou coquillages. La pêche reste un métier exigeant, qui demande une grande résistance physique mais aussi une connaissance fine de la mer. Les marins doivent savoir lire les courants, comprendre les variations météorologiques et repérer les zones où se trouvent les espèces recherchées. Cette expertise s’acquiert souvent au fil des années, transmise de génération en génération. Dans de nombreux ports, la pêche demeure une activité familiale où les jeunes apprennent très tôt les gestes et les traditions de leurs aînés. Malgré les progrès technologiques, qui ont modernisé les navires et les équipements de navigation, l’expérience humaine reste au centre de ce métier profondément ancré dans la relation entre l’homme et l’océan.

Une fois les bateaux de retour au port commence une autre étape essentielle : la mise en vente du poisson. Dans les halles des criées, les professionnels du commerce maritime prennent le relais. Le crieur, personnage central de cet univers, organise la vente aux enchères des prises débarquées. Autrefois réalisée à la voix, cette vente est aujourd’hui souvent informatisée, mais l’esprit reste le même : attribuer rapidement les lots de poissons aux acheteurs. Les mareyeurs, spécialisés dans l’achat et la distribution des produits de la mer, jouent alors un rôle clé. Ils sélectionnent les poissons selon leur qualité, leur taille et leur fraîcheur avant de les redistribuer vers les poissonneries, les marchés ou les restaurants. Cette activité exige une grande réactivité, car les produits de la mer doivent être vendus et transportés rapidement pour garantir leur fraîcheur. Dans cet environnement rythmé par les arrivages des bateaux et les horaires des enchères, chaque minute compte. Autour de cette filière gravite également une multitude de métiers techniques souvent moins visibles mais tout aussi indispensables. Les mécaniciens navals assurent l’entretien des moteurs et des équipements des navires, permettant aux bateaux de repartir en mer en toute sécurité. Les charpentiers de marine, héritiers d’un savoir-faire ancien, participent à la construction et à la réparation des embarcations. Les fileyeurs et les fabricants d’engins de pêche conçoivent et entretiennent les filets utilisés par les marins. Dans les ports, les dockers et les manutentionnaires s’occupent du déchargement des marchandises, tandis que les logisticiens organisent le transport des produits vers les différents marchés. Cette diversité de métiers montre à quel point l’économie maritime repose sur un réseau d’acteurs complémentaires, chacun contribuant à la circulation des ressources issues de la mer.

Parmi ces professions, certaines sont étroitement liées à l’aquaculture et à l’élevage marin. Les ostréiculteurs et les mytiliculteurs, par exemple, cultivent huîtres et moules le long des côtes. Leur travail exige patience et précision, car l’élevage des coquillages dépend de nombreux facteurs naturels, comme la qualité de l’eau ou les conditions climatiques. Les parcs à huîtres et les bouchots, ces pieux plantés dans la mer pour l’élevage des moules, façonnent d’ailleurs les paysages littoraux dans plusieurs régions françaises. Ces métiers représentent une autre facette de la relation entre l’homme et la mer, fondée non plus sur la capture mais sur la culture des ressources marines. Au-delà de leur dimension économique, les métiers de la mer participent également à la transmission d’un patrimoine culturel riche. Dans de nombreuses villes portuaires, les traditions maritimes font partie intégrante de l’identité locale. Les fêtes de la mer, les marchés aux poissons ou les événements consacrés aux produits marins rappellent l’importance historique de ces activités. Les spécialités culinaires issues de la pêche, comme les soupes de poisson ou les recettes traditionnelles à base de coquillages, témoignent aussi de ce lien profond entre gastronomie et monde maritime. Les chefs cuisiniers jouent à leur tour un rôle dans cette chaîne, en valorisant les produits de la mer et en faisant découvrir aux consommateurs la diversité des espèces pêchées.

Aujourd’hui, ces métiers doivent cependant faire face à de nombreux défis. Les réglementations environnementales, les quotas de pêche et les évolutions climatiques modifient les conditions de travail des professionnels. La modernisation des techniques et la concurrence internationale transforment également le secteur. Dans certains ports, la question de la relève se pose, car les jeunes générations hésitent parfois à s’engager dans des métiers perçus comme difficiles. Pourtant, de nombreuses formations existent pour préparer les futurs marins et professionnels de la filière maritime. Les lycées maritimes, les centres de formation et les écoles spécialisées transmettent les compétences nécessaires pour exercer ces professions tout en sensibilisant les élèves aux enjeux de la gestion durable des ressources marines. Malgré ces transformations, les métiers de la mer continuent de fasciner et de susciter des vocations. Ils incarnent une relation singulière avec l’océan, faite d’aventure, de savoir-faire et de respect pour un environnement aussi généreux qu’imprévisible. Dans les ports, lorsque les bateaux reviennent chargés de poissons et que les quais s’animent autour des caisses fraîchement débarquées, c’est toute une communauté qui se met en mouvement. Derrière chaque poisson vendu sur un marché se cache ainsi le travail de nombreux professionnels, unis par une même passion : celle de la mer.

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