À Mazerolles, 582 hectares de zones humides sécurisés pour renforcer la régulation des eaux et préserver l’alimentation en eau potable
Le 24 février 2026, le WWF France et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) ont officialisé l’acquisition de 659 hectares dans les marais de Mazerolles, au nord de Nantes. L’opération, conclue via la Safer pour 3,20 millions d’euros avec le soutien de l’État et de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, concerne une part structurante d’un site classé Natura 2000. Au-delà de l’enjeu écologique, cette maîtrise foncière vise à consolider le rôle du marais dans la gestion des crues et la protection de la ressource en eau.
Les marais de Mazerolles s’étendent sur environ 1 200 hectares dans la vallée de l’Erdre, en amont de Nantes. L’acquisition sécurise 582 hectares de zones humides, dont 516 hectares de marais endigués. Le site comprend au total 592 hectares de marais endigué, séparé de l’Erdre par une digue de six kilomètres, ainsi que 66 hectares de marais sauvage, dont la gestion sera confiée à la Fondation Espaces naturels de France.
Cette configuration confère au site une fonction hydraulique centrale. Lors d’épisodes pluvieux importants, les marais peuvent stocker temporairement d’importants volumes d’eau. Cette capacité d’expansion naturelle des crues contribue à limiter les hausses brutales du niveau de l’Erdre en aval, notamment à l’approche de l’agglomération nantaise. Dans un contexte marqué par des événements climatiques extrêmes plus fréquents, ces zones humides constituent un outil d’adaptation complémentaire aux aménagements techniques.
La cohérence foncière recherchée par les deux organisations doit permettre d’agir sur la gestion des niveaux d’eau. L’endiguement historique a modifié les équilibres naturels du site, imposant un pilotage artificiel des circulations hydrauliques. Les acquéreurs affichent l’objectif de laisser progressivement les sols se réhumidifier et de repenser la gestion héritée de ces aménagements. L’enjeu est de restaurer les fonctionnalités naturelles du marais, tout en maintenant sa capacité de régulation.
Au-delà de la prévention des crues, le site joue un rôle direct dans la préservation de l’eau potable. Les marais accueillent une station de pompage et deux captages souterrains exploités par Atlantic’eau. La qualité de l’eau qui traverse ces milieux conditionne l’approvisionnement en eau de la population. Les sols tourbeux et la végétation des zones humides contribuent à filtrer une partie des nutriments et des particules avant que l’eau ne rejoigne les nappes ou le cours principal de l’Erdre.
Les 582 hectares acquis présentent également une capacité de stockage estimée entre 10 000 et 15 000 tonnes équivalent CO₂ par an. L’épaisseur de tourbe dépasse parfois deux mètres. Le maintien d’un niveau d’humidité suffisant est considéré comme essentiel pour éviter la dégradation de ces sols, qui affecterait à la fois le stockage du carbone et les fonctions hydrologiques.
Plus de 200 espèces d’oiseaux, d’amphibiens et de poissons sont recensées sur le site, dont la loutre, des hérons, des busards et le butor étoilé. Les marais constituent un couloir de migration majeur sur la façade Atlantique. La préservation de ces habitats est étroitement liée au maintien des niveaux d’eau et à la qualité du milieu.
Le territoire est toutefois fragilisé par la prolifération d’espèces exotiques envahissantes. La jussie, plante aquatique invasive, entrave toute activité agricole sur certaines parcelles. L’écrevisse de Louisiane concurrence les batraciens et les écrevisses à pattes blanches. Des études menées par l’université de Rennes visent à identifier des espèces végétales capables de freiner la jussie. Des expérimentations de pâturage par des veaux sont envisagées afin d’en limiter la propagation.
La gestion future du site sera conduite en concertation avec la commune de Saint-Mars-du-Désert, la communauté de communes Erdre et Gesvres (CCEG), Atlantic’eau et l’Association syndicale des propriétaires de marais, qui regroupe entre 70 et 80 petits propriétaires. La coordination entre ces acteurs conditionnera l’évolution des niveaux d’eau et l’entretien des ouvrages existants.
À terme, le WWF France et la Ligue pour la protection des oiseaux souhaitent ouvrir le site au public et créer un observatoire. Ils n’excluent pas d’acquérir l’ensemble du marais endigué afin de garantir une gestion hydraulique cohérente à l’échelle du territoire.
Dans la vallée de l’Erdre, les marais de Mazerolles apparaissent ainsi comme une infrastructure naturelle. Leur préservation répond à un double impératif : réduire le risque de crues et sécuriser durablement la ressource en eau potable, en s’appuyant sur les capacités propres des écosystèmes.
