Selon les informations rapportées par la chaîne australienne ABC, des vacanciers ont parcouru plusieurs dizaines de kilomètres en Tasmanie pour découvrir des sources thermales présentées comme incontournables dans un article touristique en ligne. Arrivés sur place, ils ont constaté que les « Weldborough Hot Springs » n’existaient tout simplement pas.
L’épisode s’est produit à Weldborough, un petit village du nord-est de l’île, ancienne cité minière de l’étain située à environ 45 kilomètres de St Helens. Les habitants ont vu arriver un convoi de 24 voitures venues spécialement pour ces prétendues sources chaudes décrites comme « emblématiques ». Certains visiteurs ont cherché en bord de route, d’autres se sont engagés sur des chemins alentour, persuadés de trouver une rivière fumante ou un bassin naturel. Mais sur place, aucune vapeur ne s’élevait du sol, aucun aménagement ne signalait la présence d’un site thermal. Déconcertés, les touristes ont fini par demander leur chemin à une commerçante du village, convaincus d’être passés à côté d’un lieu pourtant présenté comme l’une des attractions majeures de la région.
Propriétaire d’un pub voisin, Kristy Probert a raconté la scène à ABC. Amusée par la situation, elle leur aurait lancé : « Si vous trouvez les sources chaudes, revenez me le dire et je vous paierai des bières toute la nuit. » Les visiteurs ne sont pas revenus. La raison est simple : les sources chaudes n’ont jamais existé. Pourtant, depuis plusieurs mois, des voyageurs continuaient d’affluer, persuadés de découvrir un site naturel mis en avant dans un classement touristique.
À l’origine de cette confusion, un article publié en juillet de l’année précédente par l’agence Tasmania Tours. Le texte présentait les « Weldborough Hot Springs » comme « l’une des sept meilleures expériences de sources thermales en Tasmanie pour 2026 ». Illustré par la photographie d’une rivière enveloppée de brume, il décrivait un lieu spectaculaire, propice à la détente et à l’immersion en pleine nature. Le contenu avait été généré par une intelligence artificielle. Dans ce classement des « meilleures expériences », les fausses sources de Weldborough figuraient aux côtés de sites bien réels, comme les grottes de Hastings et leurs sources thermales, dans le sud de la Tasmanie. L’article mentionnait également Liaweenee, présenté comme « l’endroit le plus froid d’Australie », où la température a déjà atteint –14,2 °C. L’ensemble donnait au texte une apparence crédible, mêlant lieux existants et site entièrement fictif.
L’article a depuis été supprimé, mais il a eu des conséquences concrètes. Selon les habitants, un flux régulier de visiteurs s’est rendu dans ce bourg isolé après avoir consulté ce contenu en ligne. Certains avaient planifié leur itinéraire en fonction de cette étape, d’autres avaient parcouru plusieurs dizaines de kilomètres dans l’espoir de découvrir ces sources thermales présentées comme incontournables. Le propriétaire de Tasmania Tours, Scott Hennessy, reconnaît une erreur dans le processus de validation des publications. L’entreprise avait externalisé son marketing à un prestataire utilisant une intelligence artificielle générative de type ChatGPT. Il explique que les contenus sont habituellement relus avant leur mise en ligne, mais que certains auraient été publiés « par erreur » alors qu’il se trouvait à l’étranger. « On essaie de rivaliser avec les grands, et pour ça il faut sans cesse renouveler ses contenus. […] Notre IA a complètement foiré », a-t-il déclaré, ajoutant : « Notre IA a complètement déraillé. »
Ce cas n’est pas isolé. Selon la BBC, des voyageurs sont régulièrement induits en erreur par des informations générées par l’intelligence artificielle. Au Pérou, deux touristes ont ainsi recherché le « canyon sacré de Humantay » dans la cordillère des Andes et auraient payé environ 140 euros pour emprunter une route rurale isolée « sans guide ni destination », avant d’être arrêtés par un guide local. Au Japon, deux voyageurs ayant organisé via ChatGPT une randonnée romantique au coucher du soleil se sont retrouvés bloqués dans l’obscurité, l’outil leur ayant fourni des horaires erronés pour le téléphérique de descente. Dans le même temps, une enquête de Booking.com indique que 89 % des consommateurs souhaitent utiliser l’intelligence artificielle pour leurs futurs projets de voyage. Selon cette étude, les assistants d’IA sont désormais perçus comme une source d’information plus fiable que les blogueurs spécialisés ou les influenceurs sur les réseaux sociaux. À mesure que ces outils se généralisent dans le secteur du tourisme, la diffusion d’informations inexactes pourrait se poursuivre. Pour certains voyageurs, les erreurs ne deviennent visibles qu’une fois arrivés sur place, comme ce fut le cas à Weldborough, où les sources chaudes promises ne coulaient nulle part.
