Marcher pendant des heures en short dans une épaisse couche de neige, s’asseoir immobile au sommet d’une montagne balayée par le vent, puis s’immerger dans une eau glaciale : la scène peut évoquer un tournage de film ou une performance sportive extrême. Pour Vladimir Stevanovic, archéologue serbe de 41 ans, il s’agit pourtant d’un rituel installé depuis des années. Depuis quinze ans, il a fait de l’exposition volontaire au froid une pratique régulière qu’il considère bénéfique pour sa santé physique et mentale, sans rechercher ni record ni reconnaissance particulière.

Des photographies prises le 30 janvier 2026 le montrent progressant en short et chaussures de randonnée sur les hauteurs du mont Besna Kobila, dont le nom signifie « Jument furieuse », près de Vranje, dans l’extrême sud de la Serbie. Sur ces crêtes enneigées, l’homme avance dans une épaisse couche de neige, parfois sous un vent soutenu, avant de s’arrêter pour méditer, assis ou debout dans le froid. Le contraste entre sa tenue minimale et l’environnement hivernal frappe immédiatement. Là où la plupart des randonneurs s’équipent de vêtements techniques épais, il se contente d’un short de sport et de chaussures adaptées à la marche. Selon lui, cette exposition directe aux éléments fait partie intégrante de sa démarche.

Il affirme avoir déjà parcouru sept heures par –10°C vêtu uniquement de ces vêtements légers et pouvoir rester jusqu’à quinze minutes dans une eau glaciale. « Vous vous livrez au froid parce que vous savez qu’il ne vous fera pas de mal », explique-t-il. À ses yeux, le froid n’est pas un ennemi mais un élément avec lequel il faut apprendre à composer. Les immersions dans des lacs gelés et les marches prolongées dans la neige constituent, dit-il, une routine solidement ancrée dans son quotidien. Il les associe à un meilleur équilibre physique et mental, estimant que cette discipline renforce sa résistance et sa capacité de concentration.

Au fil des années, les récits et les images de ses sorties hivernales ont circulé sur les réseaux sociaux. Sur Instagram et YouTube, où il publie régulièrement des vidéos de ses immersions et de ses marches en montagne, il s’est constitué plusieurs milliers d’abonnés. Il y apparaît sous le pseudonyme de « Srpski ledeni covek », que l’on peut traduire par « l’homme de glace serbe ». Cette visibilité lui a apporté une certaine notoriété en Serbie, où ses pratiques suscitent à la fois curiosité et scepticisme. Il assure toutefois ne pas chercher à battre des records ni à cultiver une image spectaculaire. Selon lui, l’essentiel se joue loin des caméras, dans l’expérience personnelle du froid et dans les sensations qu’il procure.

« Lorsque je plonge dans l’eau, mon objectif est de parvenir en état de méditation et de paix intérieure », précise-t-il. Il explique avoir été inspiré à l’origine par les pratiques spirituelles des moines tibétains, connues pour leur capacité à supporter des températures extrêmes dans un cadre méditatif. Avec le temps, dit-il, sa démarche s’est éloignée de toute dimension mystique. Ses immersions visent désormais principalement à ressentir le choc intense du froid extrême et à traverser cette sensation sans résistance. « Cela nous aide à ne penser à rien d’autre. C’est très efficace pour gérer le stress », affirme-t-il, décrivant une concentration totale sur l’instant présent lorsque le corps est confronté à une température très basse.

La pratique des bains de glace et de la natation en eau froide, souvent désignée sous le terme de « thérapie par le froid », s’est développée ces dernières années dans plusieurs pays. Parmi ses figures les plus connues figure le Néerlandais Wim Hof, qui a popularisé une méthode associant exposition au froid, exercices de respiration et concentration. Certaines études scientifiques ont soutenu certains aspects de ces approches, notamment en matière de gestion du stress ou de réponse immunitaire. Toutefois, il n’existe pas de consensus scientifique établi sur l’ensemble des effets avancés par leurs promoteurs. Des médecins rappellent que les pratiques extrêmes peuvent présenter des risques, en particulier pour les personnes souffrant de pathologies cardiovasculaires ou d’autres problèmes de santé préexistants, et appellent à la prudence.

Pratiquant assidu d’arts martiaux, Vladimir Stevanovic insiste d’ailleurs sur la progressivité. Il déconseille aux débutants de s’immerger directement dans une eau glaciale sans préparation. Selon lui, l’adaptation au froid doit se faire par étapes, en apprenant à contrôler sa respiration et à accepter la sensation initiale de choc thermique. « Lorsque vous vous mouillez avec de l’eau froide, c’est très désagréable pendant une ou deux secondes, mais ensuite vous vous sentez rapidement complètement détendu. Puis le froid ne vous dérange plus », décrit-il. Cette phase de bascule, où l’inconfort laisse place à une impression de relâchement, constitue à ses yeux le cœur de l’expérience.

Pour cet archéologue serbe, l’exposition au froid ne relève ni d’un défi ponctuel ni d’une recherche de performance. Elle s’inscrit dans une discipline personnelle qu’il dit avoir intégrée à son quotidien depuis plus d’une décennie. Entre méditation dans la neige, marche en montagne et immersion dans l’eau glacée, il revendique une pratique qu’il présente comme structurante, tout en reconnaissant qu’elle ne peut être envisagée sans prudence ni préparation.

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