Parmigiano ReggianoParmigiano Reggiano

Un retraité d’environ 70 ans a été interpellé à Padoue, dans le nord de l’Italie, après avoir consommé à plusieurs reprises des pointes de fromage directement en rayon.

Des faits qui, étalés sur plusieurs mois, ont fini par provoquer un manque à gagner estimé à plusieurs centaines d’euros pour le commerce concerné. Les incidents se sont produits dans un supermarché du quartier Palestro. Selon les éléments rapportés par la presse locale, l’homme ciblait principalement des fromages à pâte dure, dont le célèbre Parmigiano Reggiano et le Grana Padano. Le mode opératoire était toujours le même : il entamait la pointe du fromage – en la coupant ou en la croquant directement – puis reposait discrètement le produit dans le rayon réfrigéré.

Ces articles, devenus impropres à la vente, étaient ensuite retirés par le personnel et jetés. Chaque pièce endommagée représentait un préjudice évalué entre 10 et 15 euros. À force de répétition, la facture s’est alourdie, atteignant plusieurs centaines d’euros selon l’estimation du magasin. Face à la régularité des faits, la direction a décidé de mettre en place une surveillance renforcée durant plusieurs semaines, avec notamment la présence d’agents en civil. L’homme a finalement été surpris en flagrant délit, alors qu’il consommait un nouveau morceau de fromage au sein du rayon.

Interpellé sur place, il a réglé environ 15 euros correspondant au produit entamé au moment des faits. En revanche, faute de preuves formelles concernant les incidents précédents, ces derniers ne peuvent juridiquement lui être imputés. Son identité est désormais connue du personnel du supermarché, qui espère que cette intervention suffira à mettre un terme à ces agissements pour le moins insolites.

Kleptomanie ou geste compulsif ?

Dans l’imaginaire collectif, le vol est d’abord perçu comme un acte rationnel, motivé par l’appât du gain ou la nécessité matérielle. Pourtant, certains passages à l’acte relèvent d’une tout autre dynamique : ils s’inscrivent dans une logique psychologique, parfois incontrôlable, où le bénéfice financier est secondaire, voire inexistant. C’est dans cet espace que se pose la question de la kleptomanie, trouble reconnu par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), et celle du geste compulsif, plus large, parfois ponctuel, et souvent lié à une tension interne difficile à réguler. Comprendre cette distinction est essentiel pour éviter les amalgames entre délinquance opportuniste et trouble du contrôle des impulsions.

La kleptomanie se caractérise par une incapacité répétée à résister à l’impulsion de voler des objets dont la personne n’a pas besoin pour un usage personnel ou pour leur valeur marchande. Le vol n’est ni prémédité, ni motivé par la colère, la vengeance ou une idéologie. Il est précédé d’une montée de tension psychique et suivi d’un soulagement, voire d’un apaisement temporaire. Ce cycle tension–passage à l’acte–relâchement est central dans la compréhension clinique du trouble. Les objets dérobés sont souvent de faible valeur et peuvent être stockés, donnés ou même jetés. Ce qui compte n’est pas l’objet, mais l’acte lui-même. La personne reconnaît généralement l’irrationalité de son comportement, ce qui génère honte, culpabilité et anxiété, alimentant parfois un cercle vicieux. La kleptomanie appartient à la famille des troubles du contrôle des impulsions, aux côtés de la pyromanie ou du trouble explosif intermittent, et peut être associée à d’autres pathologies comme la dépression, les troubles anxieux ou certaines addictions.

À l’inverse, le geste compulsif peut s’inscrire dans un registre plus large, sans répondre aux critères stricts de la kleptomanie. Il peut être ponctuel, contextuel, lié à une période de stress intense, à un bouleversement émotionnel ou à un trouble obsessionnel-compulsif (TOC). Dans ce cas, le vol peut fonctionner comme un exutoire, une tentative maladroite de reprendre le contrôle dans une situation perçue comme chaotique. La dimension symbolique du geste prend alors le pas sur la logique matérielle. Certains spécialistes parlent de « passage à l’acte » lorsque l’individu transforme une tension interne en action concrète, faute de pouvoir la mentaliser ou l’exprimer autrement. Contrairement à la kleptomanie, le comportement n’est pas nécessairement répété ni structuré autour d’un cycle compulsif stable. Il peut rester isolé, bien que révélateur d’un malaise plus profond.

L’enjeu, sur le plan psychologique comme judiciaire, réside dans l’évaluation fine de l’intentionnalité et du contrôle. La frontière entre trouble psychiatrique et responsabilité pénale est délicate. Tous les vols impulsifs ne relèvent pas d’une pathologie, et la kleptomanie demeure relativement rare. Elle nécessite un diagnostic posé par un professionnel de santé mentale, après exclusion d’autres causes possibles : épisode maniaque, consommation de substances, trouble de la personnalité antisociale ou simple opportunisme. Le risque, en médiatisant certains faits divers, est de pathologiser hâtivement des comportements qui peuvent aussi relever d’une décision consciente.

Enfin, l’approche thérapeutique diffère selon le cas. La kleptomanie peut bénéficier d’une prise en charge combinant psychothérapie cognitivo-comportementale et, dans certains cas, traitement médicamenteux visant à réguler l’impulsivité ou l’anxiété sous-jacente. Pour les gestes compulsifs isolés, le travail porte davantage sur la compréhension des facteurs déclenchants et sur l’apprentissage de stratégies alternatives de gestion du stress. Dans tous les cas, l’analyse psychologique ne vise pas à excuser l’acte, mais à en comprendre la mécanique interne. Entre trouble avéré et fragilité passagère, la nuance est fondamentale : elle conditionne à la fois le regard social porté sur l’individu et la pertinence de la réponse apportée.

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