Anthony LopesAnthony Lopes

Un arrêt à la 74e minute, consécutif à une douleur ressentie par Anthony Lopes, a coïncidé avec l’heure de la rupture du jeûne pour plusieurs joueurs. Une séquence qui relance le débat sur l’application stricte du règlement en Ligue 1.

Un épisode singulier s’est produit samedi soir à la Beaujoire, lors de la rencontre de Ligue 1 entre le FC Nantes et Le Havre AC. À la 74e minute, le gardien nantais Anthony Lopes s’est allongé sur la pelouse, visiblement touché à la cuisse gauche. Le jeu a été interrompu plusieurs minutes, le temps pour le staff médical d’intervenir auprès du portier.

Durant cette pause, alors que le soleil venait de se coucher, plusieurs joueurs musulmans ont profité de l’interruption pour rompre le jeûne du ramadan, conformément à leurs obligations religieuses. Une scène devenue régulière ces dernières saisons en Europe, mais toujours sensible en France, où aucune disposition officielle ne prévoit un arrêt de jeu pour ce motif.

Anthony Lopes a finalement repris sa place sans gêne apparente et terminé la rencontre. Après le coup de sifflet final, il s’est voulu rassurant quant à son état physique. De son côté, l’entraîneur havrais Ahmed Kantari a rappelé que certains de ses joueurs observaient également le carême, soulignant la dimension particulière de cette période pour les effectifs concernés. La séquence n’a pas manqué de susciter des interrogations, certains observateurs évoquant un arrêt potentiellement opportun au regard du timing. Officiellement, toutefois, la blessure du gardien nantais demeure la seule justification de l’interruption.

Dans le même temps, Youssef El-Arabi a disputé l’intégralité de la rencontre, soit 95 minutes, tout en respectant le jeûne. Un exemple supplémentaire de la gestion individuelle adoptée par les joueurs concernés. En France, la Ligue de football professionnel ne prévoit aucun aménagement spécifique pour la rupture du jeûne durant les rencontres. Les joueurs pratiquants doivent donc composer avec le cadre réglementaire existant, profitant d’interruptions naturelles — blessures, changements ou arrêts de jeu — pour s’alimenter discrètement. Un sujet récurrent, appelé sans doute à ressurgir à chaque période de ramadan.

Les clubs européens adaptent leur organisation

Depuis le début du Ramadan, le 17 février, plusieurs clubs européens ont mis en place des dispositifs spécifiques afin d’accompagner les joueurs concernés par le jeûne. Des aménagements d’horaires aux suivis médicaux individualisés, les initiatives se multiplient jusqu’à la fin du mois sacré, prévue le 19 mars.

Aux Pays-Bas, Feyenoord a rapidement ajusté son fonctionnement. Le 21 février 2026, son entraîneur Robin van Persie a décidé d’adapter les horaires d’entraînement. Les joueurs observant le Ramadan peuvent désormais arriver plus tard au centre d’entraînement afin de préserver leur récupération et leur condition physique. Cette mesure concerne notamment l’ailier algérien Anis Hadj Moussa. À la veille d’un match face au SC Telstar, le technicien néerlandais a expliqué en conférence de presse vouloir « accompagner au maximum » ses joueurs dans cette période exigeante.

En Angleterre, la Premier League autorise désormais des pauses en cours de rencontre pour permettre aux joueurs de rompre le jeûne au coucher du soleil. Une mesure déjà observée ces dernières saisons et désormais intégrée aux habitudes des arbitres. En Espagne, le FC Barcelone a lui aussi mis en place un protocole spécifique. Son entraîneur Hansi Flick a confirmé un suivi médical et nutritionnel personnalisé. Lamine Yamal, seul joueur de l’effectif concerné cette saison, bénéficie d’un accompagnement adapté, alors que plusieurs rencontres du Barça sont programmées à 16h15, avant la rupture du jeûne. Deuxième de Liga à deux points du Real Madrid, le club catalan veille à maintenir un équilibre entre performance sportive et respect des convictions individuelles.

En France, la Fédération Française de Football demande depuis 2024 aux internationaux de reporter leur jeûne pendant les rassemblements officiels. Une position qui continue d’alimenter les débats. De son côté, Karim Benzema, aujourd’hui joueur d’Al-Hilal, affirme que le Ramadan n’a « aucun impact » sur ses performances. Dans un entretien accordé à Esquire Middle East, l’attaquant assure même se sentir mieux durant cette période. L’ancien international Samir Nasri a pris sa défense, estimant que le débat autour du jeûne ne devrait pas exister.

À travers l’Europe, les clubs intègrent progressivement la dimension du Ramadan dans leur organisation sportive. Entre souplesse logistique et accompagnement médical, le football professionnel semble évoluer vers une prise en compte plus structurée des réalités culturelles et religieuses de ses joueurs.

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