Le musicien français Michel Portal est décédé le 12 février 2026 à Paris, à l’âge de 90 ans. Clarinettiste et multi-instrumentiste, il était considéré comme l’un des artisans majeurs du jazz contemporain en Europe et comme un pionnier du free jazz.
Né le 27 novembre 1935 à Bayonne, dans les quartiers nord de la ville, il monte sur scène dès l’âge de 10 ans. Très tôt formé à la musique classique, il étudie la clarinette à l’école nationale de musique de Bayonne. À 9 ans, son père, Sylvain Portal, l’initie au bandonéon après l’arrivée d’un musicien argentin à la gare de Bayonne. L’instrument ne le quittera plus.
Adolescent, il joue aussi dans les dancings du dimanche, au grand dam de certains musiciens classiques. Son talent le conduit au Conservatoire de Paris, où il obtient en 1959 un premier prix de clarinette. Reconnu comme soliste international, il participe aux créations de musique contemporaine de compositeurs tels que Pierre Boulez, Luciano Berio, Vinko Globokar, Mauricio Kagel et Karlheinz Stockhausen.
Clarinettiste classique respecté, il explore également les saxophones, le bandonéon, le tárogató, le taragot et la zokra. Refusant de s’enfermer dans un style, il revendique les métissages et la recherche d’un « nouveau langage », se disant ennemi de « la routine » et attaché à une musique festive plutôt qu’à une stricte harmonie.
En 1965, avec le disque « Free Jazz », il pose les bases d’une approche renouvelée, contribuant à affranchir le jazz européen des canons américains. À la tête du groupe « Michel Portal Unit », il se produit notamment à Châteauvallon et à Uzeste, où ses concerts rencontrent un large écho.
Parallèlement, il compose pour le cinéma et la télévision. Il est nommé à quatre reprises au César de la meilleure musique et reçoit la récompense à trois reprises : en 1983 pour « Le Retour de Martin Guerre » de Daniel Vigne, en 1985 pour « Les Cavaliers de l’orage » de Gérard Vergez et en 1988 pour « Champ d’honneur » de Jean-Pierre Denis. Il obtient également deux Sept d’Or pour « L’Ami Giono » et le téléfilm « Eugénie Grandet ».
Au fil de sa carrière, il reçoit le Grand Prix national de la musique en 1983 ainsi qu’une Victoire du jazz en 2021 pour l’album « MP85 ». Son agente artistique, Marion Piras, a salué « un monument immense pour le jazz moderne, pour le jazz européen, totalement ouvert sur énormément de musiques et d’expériences ».
À Bayonne, le maire Jean-René Etchegaray a rappelé qu’un théâtre de la ville porte son nom depuis 2019. Jusqu’à la fin, Michel Portal aura défendu une conception ouverte de la musique, attentive aux croisements et à l’invention.
