Le livre Géant retrace le destin de Rock Hudson, figure centrale du cinéma hollywoodien et première star internationale emportée par le sida, dans un climat mondial dominé par la peur, l’ignorance et le rejet brutal des malades. La révélation publique de sa maladie entraîne celle de son homosexualité, tenue secrète pendant plus de trente-cinq ans, provoquant une onde de choc planétaire.
Le récit s’ouvre sur les lumières d’Hollywood, ses anecdotes mondaines et ses promesses de succès, avant de basculer vers la violence de l’annonce de la contamination par le VIH, vécue comme une condamnation sociale autant que médicale. Né Roy Scherer Jr, Rock Hudson apparaît comme un homme contraint de traverser toute son existence derrière une façade de virilité soigneusement construite par l’industrie du cinéma, dans une Amérique profondément marquée par l’homophobie, le racisme et l’obsession anticommuniste.
Son physique idéalisé, devenu un argument central de sa carrière, masque une réalité intime incompatible avec l’image de gendre parfait imposée par les studios. Ses débuts sont laborieux : malgré une apparence avantageuse, sa gaucherie et son manque d’assurance ralentissent son ascension. Il choisit de s’inspirer d’un jeu intériorisé à la manière de James Stewart, plutôt que de l’expressivité plus explosive incarnée par Marlon Brando, se positionnant ainsi comme l’héritier d’un âge d’or hollywoodien déjà menacé.
Le livre relate plusieurs épisodes déterminants, dont une apparition déguisée en statuette dorée lors d’une soirée mondaine, qui accélère sa reconnaissance dans les cercles influents. Des rencontres structurent durablement son parcours : son agent Henry Willson, le cinéaste Douglas Sirk, qui révèle à travers ses rôles la face sombre de l’Amérique, George Stevens pour Géant, ou encore Doris Day, partenaire de comédies aux sous-entendus ambigus. Le tournage de Géant est également marqué par des tensions avec James Dean, révélatrices de caractères et de trajectoires opposés.
En marge de sa carrière, Rock Hudson entretient des amitiés profondes, notamment avec Elizabeth Taylor, et trouve refuge auprès d’un couple homosexuel, loin des contraintes imposées par les studios. Son histoire personnelle reste marquée par une blessure fondatrice : l’abandon de son père durant l’enfance, suivi plus tard d’une relation affective uniquement motivée par l’argent.
Pour préserver son secret, il adopte des stratégies extrêmes : mariage de façade, effacement de tout signe jugé suspect, résistance constante à la presse, et chantages répétés. Après une série de grands succès, ses choix professionnels fragilisent progressivement sa carrière, même si la télévision lui apporte une forme de stabilité. Le livre décrit avec précision la violence morale d’une société conservatrice face au sida, ainsi que l’inaction politique qui aggrave la situation, au point que la peur du VIH se manifeste jusque dans l’abandon prolongé de sa demeure après sa mort.
Le récit alterne sans cesse entre l’ascension fulgurante et la fin de vie, intégrant des paroles lucides de Rock Hudson sur Hollywood et la célébrité. Le portrait qui se dessine est celui d’un homme profondément attachant, pleinement conscient des illusions, des mensonges et des sacrifices imposés par une industrie qui l’a façonné autant qu’elle l’a contraint au silence.
