Diffusée sur Disney+, The Beauty marque le retour de Ryan Murphy au registre horrifique, un terrain qu’il connaît bien mais qu’il aborde ici de manière jugée décevante. Malgré un concept accrocheur et un casting prestigieux, la série donne l’impression d’un projet inabouti, plus préoccupé par son apparence que par la cohérence de son propos.

Créateur particulièrement prolifique, Ryan Murphy a signé au fil des années des œuvres très contrastées, capables du meilleur comme Monstre : l’histoire d’Ed Gein, mais aussi du plus contesté, à l’image de All’s Fair. Deux obsessions traversent pourtant l’essentiel de sa filmographie : l’horreur et la fascination pour la beauté, déjà au cœur de séries comme American Horror StoryNip/TuckScream Queens ou encore GleeThe Beauty tente de fusionner ces deux thèmes à travers une intrigue reposant sur un virus sexuellement transmissible.

Ce virus confère à ses victimes une beauté exceptionnelle, avant de provoquer leur mort par combustion interne. L’enquête est menée par un duo du FBI cherchant à en identifier l’origine, tandis que, dans un fil narratif parallèle, l’homme le plus riche du monde, au physique irréprochable, engage un tueur pour effacer toute trace compromettante liée à l’affaire. La série est adaptée d’un comics de Jeremy Haun et Jason A. Hurley, relativement confidentiel en France. L’adaptation s’éloigne cependant largement du matériau d’origine, n’en conservant que l’idée centrale, tout en adoptant une esthétique inspirée de la bande dessinée, sans justification narrative claire.

La direction artistique privilégie constamment l’apparence au détriment de la crédibilité. Costumes et décors apparaissent artificiels et souvent inadaptés aux situations, donnant à l’ensemble l’allure d’un défilé de mode permanent. Les premières images avaient pourtant évoqué des œuvres explorant le culte de la beauté, comme La Mort vous va si bien ou The Substance. La série partage d’ailleurs certaines mécaniques avec ce dernier, notamment dans la transformation des corps, sans que l’origine de ces similitudes soit clairement identifiable.

Sur onze épisodes, The Beauty prétend interroger le rapport au physique dans une société obsédée par l’apparence. Le discours reste toutefois superficiel et redondant, surtout au regard de ce que Nip/Tuck avait déjà développé sur le sujet. La multiplication des intrigues et des personnages dilue encore davantage le propos. Les dialogues, parfois contradictoires, empêchent de saisir le point de vue réellement défendu, tandis que le ton oscille sans cohérence entre comédie burlesque, mélodrame et une horreur très atténuée, jugée peu efficace.

La narration multiplie les sauts temporels et les changements de focalisation, rendant l’histoire difficile à suivre. Aucun personnage ne s’impose comme véritable protagoniste, et la durée des épisodes varie sans logique narrative apparente. Cette dispersion semble affecter jusqu’aux interprètes. Evan Peters apparaît monoexpressif, Rebecca Hall est sous-exploitée, Anthony Ramos verse dans le surjeu, tandis que Jeremy Pope se montre convaincant mais reste peu utile au récit. Isabella Rossellini semble mal employée, et seul Ashton Kutcher paraît réellement s’amuser à l’écran.

Au final, The Beauty se rapproche davantage de All’s Fair que de The Substance, notamment par son recours à de grandes stars cantonnées à des rôles creux. Une fois la saison achevée, la série ne parvient pas à définir clairement son identité ni son message, laissant l’impression d’un projet vide, incapable de choisir entre provocation, satire, horreur ou simple démonstration esthétique.

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