Pour la première fois, des décharges électriques de faible intensité ont été observées sur Mars. Le phénomène a été mis en évidence grâce à un microphone embarqué à bord du rover Perseverance, qui explore la planète depuis 2021.
Les signaux ont été détectés dans des tourbillons de poussière, appelés dust devils, ainsi que dans des tempêtes martiennes. L’observation repose sur la combinaison de deux indices enregistrés simultanément : un claquement acoustique sec, assimilable à une onde de choc, et une interférence électromagnétique précédant ce signal sonore. Les chercheurs y voient la signature directe d’une décharge électrique se produisant à très courte distance.
La détection s’est faite de manière fortuite, lorsqu’un tourbillon de poussière est passé exactement au-dessus du microphone alors que celui-ci était actif. L’instrument ne fonctionne que sur de courtes séquences régulières, son temps d’utilisation étant partagé avec les autres capteurs scientifiques du rover, ce qui rend ce type d’enregistrement particulièrement rare.
Afin de confirmer l’origine du signal, des expériences ont été menées sur Terre. Une réplique de l’instrument SuperCam a été utilisée en laboratoire, associée à une machine de Wimshurst capable de générer des décharges électrostatiques. Les signaux obtenus se sont révélés identiques à ceux captés sur Mars, validant l’hypothèse d’arcs électriques produits par la poussière.
Ces décharges sont provoquées par le frottement des grains entre eux, qui entraîne un échange de charges électriques avant leur libération sous forme d’arcs de quelques centimètres. L’atmosphère martienne, très ténue et dominée par le dioxyde de carbone, favorise ce type de phénomène, bien plus facilement que sur Terre. Les éclairs observés restent faibles, comparables à une décharge statique, mais ils seraient fréquents.
Les champs électriques associés pourraient jouer un rôle direct dans la dynamique de la poussière, jusqu’à en faciliter la lévitation. Or, cette poussière influence fortement le climat martien : elle modifie la température de l’air, renforce les vents et contribue à la formation de tempêtes planétaires qui recouvrent la planète entière tous les cinq à six ans. Les chercheurs estiment désormais nécessaire d’intégrer les forces électrostatiques dans les modèles climatiques de Mars.
Cette activité électrique pourrait également avoir des conséquences chimiques majeures. Les champs générés sont susceptibles de fragmenter des molécules comme le méthane ou l’eau, produisant des espèces très réactives. Ce mécanisme pourrait contribuer à expliquer la disparition rapide du méthane martien, observée depuis plusieurs années et difficile à justifier avec les modèles actuels.
Enfin, ces processus pourraient dégrader la matière organique et d’éventuels biomarqueurs à la surface de Mars, compliquant la recherche de traces de vie passée. La découverte ouvre ainsi un nouveau champ d’étude, tout en soulevant de nouveaux enjeux pour les futures missions robotiques et humaines. À ce stade, Perseverance demeure l’unique témoin direct de ce phénomène sur la planète rouge.
