Les commerçants du secteur du mariage en Chine suivent avec attention l’évolution des données démographiques, espérant qu’un redressement du nombre de mariages puisse enrayer plusieurs années de baisse de leur activité. Dans un contexte marqué par un recul durable de la population et une chute historique de la natalité, la moindre variation des statistiques officielles est scrutée comme un signal potentiel pour l’ensemble de la filière.
À Huqiu Bridal City, à Suzhou, l’un des plus grands centres de robes de mariée du pays, plus de 800 boutiques proposent des créations en taffetas, soie ou dentelle. Les vendeurs y évoquent un climat de prudente confiance après une hausse des mariages observée l’an dernier. Beaucoup espèrent que cette dynamique pourra se prolonger jusqu’en 2026, après une longue période de contraction du marché.
Les chiffres officiels publiés pour les neuf premiers mois de 2025 font état d’une augmentation de 8,5 % des enregistrements de mariages par rapport à l’année précédente. Cette progression tranche avec une situation démographique globale toujours dégradée, marquée par une baisse continue de la population et un affaiblissement durable du taux de natalité. Elle pourrait néanmoins interrompre un déclin des mariages entamé il y a plus de dix ans, selon les acteurs du secteur.
Dans sa boutique de Huqiu Bridal City, Chen Juan, copropriétaire, explique que l’année 2024 avait été particulièrement difficile. Jugée défavorable aux unions selon le calendrier traditionnel, elle avait conduit de nombreux couples à reporter leurs cérémonies. Les robes qu’elle vend se situent dans une fourchette de prix allant d’environ 1 000 à 4 000 yuans, en fonction de la complexité des modèles et du travail de confection.
Un changement de politique nationale a également modifié les pratiques. Les couples peuvent désormais enregistrer leur mariage partout en Chine, et non plus uniquement dans leur lieu de résidence. Les gouvernements locaux ont accompagné cette mesure en développant le « tourisme du mariage », avec l’installation de bureaux d’enregistrement dans des sites touristiques, lors de festivals, mais aussi dans des stations de métro, des centres commerciaux ou des parcs. Chen Juan estime que la tendance actuelle pourrait se maintenir, l’Année du Cheval étant traditionnellement associée au succès, tout en soulignant que des soutiens publics supplémentaires seraient nécessaires pour consolider la reprise.
La baisse de l’intérêt pour le mariage et la parentalité chez les jeunes reste cependant un phénomène largement commenté. Elle est souvent attribuée au coût élevé de la garde d’enfants et de l’éducation, dans un contexte de pression financière accrue. Certaines villes et régions ont mis en place des aides financières destinées aux jeunes mariés afin de tenter d’inverser cette tendance, sans certitude sur leur efficacité à long terme.
Pour Zhu Jiaomei, vendeuse de robes sur mesure, la conjoncture économique générale pèse davantage sur les décisions des couples que les politiques spécifiquement liées au mariage. Elle observe que l’instabilité de l’emploi incite de nombreux ménages à réduire leurs dépenses, avec des budgets de mariage environ deux fois moins élevés qu’avant la pandémie de COVID-19.
Chez certains commerçants, les enjeux dépassent le cadre professionnel. Cheng Yonggui, vendeuse de chaussures de mariage, s’inquiète pour l’avenir matrimonial de ses deux fils. Elle évoque le déséquilibre persistant entre le nombre d’hommes et de femmes en Chine, héritage de préférences culturelles anciennes. Dans de nombreuses régions, les familles du mari sont généralement tenues de financer un appartement, une voiture et parfois une dot avant le mariage. Cheng estime que le coût total atteindra au moins un million de yuans par fils. Elle décrit une pression financière importante, tout en exprimant l’espoir qu’une hausse durable des mariages améliore à la fois son activité et les perspectives d’avenir de ses enfants.
