Le roman Je suis Romane Monnier s’appuie sur un objet du quotidien pour déployer son intrigue : le smartphone, à la fois outil intime et miroir de nos existences numériques. À travers cet appareil, l’autrice explore ce que les traces digitales disent de nous, souvent à notre insu.
L’histoire débute lors d’une soirée où Thomas égare son téléphone. Par un concours de circonstances, il repart avec celui d’une inconnue, Romane Monnier. Lorsqu’il parvient à la retrouver, la situation prend une tournure inattendue. Romane accepte de lui restituer son appareil, mais refuse de récupérer le sien et lui confie volontairement son code d’accès.
Thomas se retrouve alors en possession de l’ensemble des données du smartphone de Romane. Messages écrits, notes vocales, enregistrements et autres traces numériques composent une matière abondante dans laquelle il s’immerge peu à peu. Cette exploration révèle progressivement l’intimité de la jeune femme : ses relations amoureuses, ses difficultés familiales, mais aussi des éléments plus dérangeants, comme des paroles prononcées pendant son sommeil.
Au fil de ces découvertes, les traces numériques dessinent un portrait d’une grande précision, parfois inquiétant, jusque dans les détails les plus triviaux. Le téléphone devient un espace de dévoilement total, où chaque fragment de données contribue à construire une image complète de Romane, sans qu’elle ne soit physiquement présente.
Les deux personnages sont marqués par une enfance blessée. Thomas reste profondément affecté par son passé et par des épreuves qui continuent de peser sur son parcours. Romane apparaît fragile, animée par une obsession pour la vérité, notamment celle liée au divorce de ses parents, qui nourrit son rapport complexe à la transparence et à l’exposition de soi.
À travers cette relation singulière, le roman interroge la notion de vérité à l’ère d’Internet. Les personnages évoluent dans un monde où chacun se met en scène, se raconte et parfois se travestit pour apparaître sous un jour favorable. Cette construction de soi par le numérique soulève la question de la responsabilité des technologies dans le malaise existentiel contemporain.
Certaines pratiques en ligne jugées préoccupantes sont également évoquées, comme le love bombing, qui consiste à submerger une personne d’attention avant de rompre brutalement tout contact numérique. En filigrane, le roman met en lumière les zones d’ombre de nos usages connectés et les effets psychologiques qu’ils peuvent engendrer.
