Une œuvre inconnue de Hans Baldung Grien (1484/85-1545), figure centrale de la Renaissance à Strasbourg, a été redécouverte fortuitement lors d’une succession. Le dessin, conservé dans un bahut, était resté dans la même famille pendant plus de cinq siècles, transmis sur dix-sept générations sans avoir été identifié comme une œuvre majeure.
Une vente prévue à l’Hôtel Drouot en mars 2026
Le dessin sera proposé aux enchères le 23 mars 2026 à Hôtel Drouot, par la maison Beaussant Lefèvre & Associés, en collaboration avec le cabinet de Bayser. La vente s’inscrit dans le calendrier de la semaine du Salon du dessin, organisé du 25 au 30 mars 2026. L’estimation est comprise entre 1,5 et 3 millions d’euros.
Le portrait de Susanna Pfeffinger
L’œuvre représente Susanna Pfeffinger (1465-1538), épouse de Friedrich Prechter, marchand-banquier strasbourgeois et proche de l’artiste. Le portrait montre la modèle en buste de trois-quarts, coiffée d’un bonnet, portant une mentonnière et une robe couvrant le cou, conformément aux codes de la dévotion et de la respectabilité de l’époque.
Caractéristiques techniques du dessin
Réalisé en 1517 à la pointe d’argent, le dessin est exécuté sur un papier préparé à la poudre d’os. Il mesure 15,7 × 10,4 cm, porte le monogramme « HB » en haut à gauche et la date « 1517 » en haut à droite. La pointe d’argent est une technique exigeante et irréversible, décrite par Léonard de Vinci dans son Traité de la peinture, qui ne permet aucune correction. Un seul repentir est toutefois visible : un trait prolongeant légèrement l’épaule de Susanna Pfeffinger.
Hans Baldung Grien et la scène artistique strasbourgeoise
Installé à Strasbourg à partir de 1509, Hans Baldung Grien obtient le droit de bourgeoisie, rejoint la Guilde des peintres et ouvre son atelier. Il reçoit alors de nombreuses commandes, parmi lesquelles figure le portrait du margrave Christophe Ier de Bade (1510), aujourd’hui conservé à la Staatliche Kunsthalle Karlsruhe.
Après son adhésion à la Réforme en 1520, sa production évolue progressivement : les sujets religieux laissent davantage de place à des thèmes profanes, tout en conservant une forte exigence formelle.
L’héritage de Dürer et la rareté des dessins
Hans Baldung Grien a été formé à la pointe d’argent dans l’atelier d’Albrecht Dürer, dont il fut le chef d’atelier lors du second voyage à Venise de ce dernier, entre 1505 et 1507. Souvent considéré comme son successeur, Baldung partage avec Dürer un intérêt marqué pour le portrait, comme en témoignent le dessin de Susanna Pfeffinger (1517) et celui d’Agnès Dürer réalisé en 1521. À la mort de Dürer en 1528, Baldung reçut en souvenir une mèche de ses cheveux.
Sur environ 250 dessins répertoriés de l’artiste, très peu se trouvent encore en mains privées. Le dernier dessin de Baldung passé aux enchères a été vendu en 2007 pour plus de 3,7 millions de dollars. Le portrait de Susanna Pfeffinger est aujourd’hui la seule œuvre connue de l’artiste exécutée à la pointe d’argent encore conservée dans une collection privée, un élément déterminant dans l’évaluation élevée annoncée pour cette vente.
