Un travail scientifique d’ampleur remet en question plusieurs décennies de projections climatiques concernant l’avenir de la forêt amazonienne. Contrairement aux scénarios annonçant une dégradation progressive vers des paysages de type savane, les données recueillies sur le long terme révèlent une évolution inverse : les arbres amazoniens n’ont cessé de croître depuis les années 1970.

L’étude, publiée le 13 janvier 2026 et signée par Brice Louvet, s’appuie sur un suivi continu commencé en 1971 et achevé en 2015. Sur cette période de 44 ans, les chercheurs ont analysé 188 parcelles forestières réparties à travers l’Amazonie. Certaines zones ont été observées sans interruption pendant trois décennies, offrant une profondeur temporelle rarement atteinte dans les recherches écologiques.

Une étude sans précédent sur la dynamique des forêts tropicales

Près de 100 chercheurs issus de plusieurs pays ont participé à ce qui est décrit comme le programme d’observation forestière le plus ambitieux jamais conduit dans la région. Leur méthode repose sur la mesure de la surface terrière, c’est-à-dire la surface occupée par les troncs d’arbres au niveau du sol. Cet indicateur permet d’estimer précisément la biomasse forestière et son évolution dans le temps.

Les résultats montrent une augmentation moyenne de la circonférence des arbres de 3,3 % par décennie depuis les années 1970. Cette progression est continue, généralisée à l’ensemble des parcelles étudiées et observée chez tous les types d’arbres, des jeunes individus en croissance aux arbres centenaires dominants de la canopée. Aucun site n’a présenté de déclin mesurable sur la période analysée.

Une croissance généralisée qui contredit les modèles établis

Les modèles climatiques antérieurs prévoyaient que seuls certains arbres, notamment les plus grands, pourraient tirer parti des changements environnementaux. Or, les observations montrent que cette croissance concerne l’ensemble du peuplement forestier. Cette réalité invalide l’hypothèse d’un avantage réservé à une minorité d’arbres dominants et suggère un mécanisme plus global.

Les chercheurs avaient envisagé trois scénarios possibles pour expliquer l’impact du changement climatique sur la forêt : un bénéfice concentré sur les grands arbres, une réaction plus marquée des jeunes individus, ou un partage des bénéfices entre tous les arbres. Les données correspondent clairement à ce troisième scénario, considéré jusqu’ici comme le plus optimiste.

Le rôle central de l’effet fertilisant du CO₂

L’explication principale avancée repose sur l’augmentation du dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Le CO₂, utilisé par les arbres lors de la photosynthèse, agit comme un fertilisant naturel en fournissant une ressource supplémentaire pour la croissance. Cet effet fertilisant du CO₂ apparaît plus puissant et plus durable que ce que prévoyaient les modèles climatiques initiaux.

En augmentant leur biomasse, les arbres stockent davantage de carbone. Chaque tronc qui s’épaissit représente une quantité supplémentaire de CO₂ retirée de l’atmosphère et emprisonnée dans le bois. Ce mécanisme renforce temporairement le rôle de la forêt amazonienne comme puits de carbone à l’échelle mondiale.

Une résilience observée, mais jugée fragile à long terme

Si les effets positifs du CO₂ semblent, pour l’instant, compenser les impacts négatifs liés à la hausse des températures et aux épisodes de sécheresse, les chercheurs restent prudents. Ils soulignent que cette phase de croissance pourrait ne pas durer. L’intensification attendue des sécheresses, des incendies et du stress thermique pourrait, à terme, inverser la tendance observée.

Ces résultats mettent en lumière la résilience actuelle des forêts amazoniennes intactes, tout en rappelant leur vulnérabilité future. La capacité de l’Amazonie à continuer de jouer son rôle climatique dépendra largement de la préservation de ses écosystèmes et de la limitation des pressions humaines qui s’exercent sur elle.

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