Une équipe de chercheurs de l’Université des sciences de Malaisie (USM), à Penang, a mis en évidence la capacité des punaises de lit tropicales à conserver de l’ADN humain durant plusieurs semaines. Selon leurs travaux, ces insectes peuvent garder des traces génétiques jusqu’à 45 jours après un repas de sang. Cette découverte ouvre la voie à une utilisation potentielle des punaises de lit comme outil d’enquête médico-légal.
Les conditions de l’étude
Méthode d’alimentation en laboratoire
Pour mener leurs observations, les scientifiques ont nourri les punaises de lit en les plaçant directement sur la peau des membres de l’équipe. Chaque insecte absorbe entre 1,5 et 5,3 microlitres de sang, une quantité inférieure à une goutte.
Environnement de maintien
Les punaises ont été élevées dans des récipients enveloppés de plastique noir et conservées à une température comprise entre 23 et 24°C, afin de reproduire leurs conditions naturelles.
Analyse génétique du sang digéré
Un ADN exploitable jusqu’à 45 jours
Les chercheurs ont pu extraire de l’ADN humain à partir du sang digéré par les punaises de lit tropicales. Ces traces permettent d’obtenir un profil phénotypique de base incluant des caractéristiques observables et le sexe de la personne piquée, même plusieurs semaines après le repas.
Les marqueurs étudiés
L’analyse repose sur deux catégories de marqueurs génétiques :
- les STR (répétitions courtes en tandem) ;
- les SNP (polymorphisme mononucléotidique).
Ces marqueurs permettent d’estimer des éléments tels que la couleur des yeux, des cheveux, de la peau, ainsi que le sexe.
Publication scientifique
L’étude, intitulée « Profilage humain à partir de l’analyse STR et SNP de la punaise de lit tropicale, Cimex hemipterus », a été publiée dans la revue Nature il y a deux ans. Il s’agit de la première utilisation documentée de cet insecte dans un cadre médico-légal.
Les punaises de lit comme indicateurs sur une scène d’enquête
Les résultats soulignent plusieurs atouts des punaises de lit tropicales par rapport à d’autres insectes hématophages. Contrairement aux moustiques ou aux mouches, elles ne volent pas et restent, après leur repas, dans un rayon d’environ six mètres. Cette faible mobilité en fait des indicateurs plus fiables pour localiser la présence récente d’un individu.
Les chercheurs rappellent également que ces insectes ne transmettent pas de maladies connues par leurs piqûres.
Les scientifiques à l’origine des travaux
L’étude a été menée par l’entomologiste Abdul Hafiz Ab Majid et la chercheuse post-doctorante Lim Li, engagés depuis cinq ans dans des travaux sur les punaises de lit tropicales Cimex hemipterus. Pour mesurer la dégradation progressive de l’ADN humain dans l’insecte, Lim Li s’est elle-même laissée piquer au cours de l’étude.
Limites de l’approche médico-légale
L’utilisation des punaises de lit à des fins d’enquête reste encadrée par plusieurs contraintes. Ces insectes ne peuvent être exploités que s’ils sont déjà présents sur les lieux examinés. De plus, la fenêtre d’analyse se limite aux 45 jours suivant leur repas de sang, ce qui réduit l’intérêt de cette méthode pour les cold cases ou les affaires anciennes.La capacité des punaises de lit tropicales à conserver de l’ADN humain offre une piste supplémentaire pour les enquêtes médico-légales. Si cette approche présente encore des limites, elle démontre le potentiel de ces insectes comme source d’information génétique dans des contextes criminels récents.
