Jennifer Clifford, hôtesse de l’air au sein de la compagnie British Airways depuis près de quatre décennies, vient de remporter une importante victoire judiciaire.
En 2022, elle avait été licenciée par son employeur après avoir développé une peur soudaine de l’avion, un comble pour une professionnelle de l’aérien. Un tribunal britannique a reconnu que l’entreprise avait manqué à son obligation d’adaptation en cas de handicap, ouvrant ainsi la voie à une indemnisation pour la salariée.
L’histoire de Jennifer Clifford aurait pu prêter à sourire tant elle semble paradoxale : comment une hôtesse de l’air expérimentée peut-elle être prise d’une phobie des avions après des années passées dans les airs ? Pourtant, c’est exactement ce qui s’est produit à la suite du confinement imposé lors de la pandémie de Covid-19. À son retour en poste, cette employée fidèle et de longue date a été envahie par une angoisse intense et incontrôlable à l’idée de reprendre les vols.
Consciente de cette difficulté nouvelle, elle avait demandé à sa hiérarchie une réaffectation temporaire vers un poste au sol, le temps de surmonter cette peur paralysante. Une demande que la direction de British Airways a catégoriquement refusée, estimant qu’elle n’était désormais plus en mesure d’assumer ses fonctions principales. En conséquence, la compagnie a pris la décision de la licencier en 2022.
Persuadée d’avoir été victime d’une forme de discrimination liée à sa condition psychologique, Jennifer Clifford a décidé d’engager une procédure devant la justice. Le tribunal du travail de Reading lui a donné raison. Dans son jugement, il a estimé que British Airways n’avait pas fait preuve de l’effort requis pour aménager les conditions de travail en fonction de la situation particulière de l’employée. Le droit impose pourtant aux employeurs de considérer sérieusement toutes les alternatives raisonnables lorsqu’un salarié est confronté à un handicap, même lorsqu’il s’agit d’une pathologie inhabituelle ou soudaine.
La compagnie aérienne a ainsi été reconnue coupable de discrimination fondée sur le handicap, et l’ancienne hôtesse de l’air devrait percevoir une indemnisation dans les semaines à venir. Ce jugement fait office de signal fort : les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité, y compris ceux aussi strictement encadrés que l’aviation civile, sont tenues de respecter leurs obligations en matière d’adaptation du travail.
Au-delà de ce cas particulier, cette affaire met en lumière des problématiques plus larges liées à la santé mentale dans le monde du travail post-Covid. Elle soulève des interrogations sur la capacité des employeurs à détecter, comprendre et accompagner des troubles psychologiques émergents, souvent causés ou révélés par les bouleversements récents des conditions professionnelles.

